Fin janvier 2024, un nouveau rapport sur l’impact des antennes téléphoniques, des installations électriques et des éoliennes sur l’activité d’élevage  a été publié et ceci n’a pas fait grand bruit dans le monde médiatique…. Et pourtant ! Ce rapport édité par le Conseil Général de l’Alimentation, de l’Agriculture et des Espaces Ruraux (CGAAER) et rédigé par Monsieur Thomas Clément et Dominique Tremblay est clair, précis et prend à bras-le-corps cette problématique qui s’aggrave et ajoute aux diverses difficultés que rencontrent bon nombre d’agriculteurs aujourd’hui.

En plus de faire un état des lieux objectif de ces situations spécifiques, le rapport n’exclut pas les apports des géobiologues dans la connaissance et la compréhension des interactions électromagnétiques entre les infrastructures électrotechniques, les sols et les animaux d’élevage.​

 

Contexte et objectifs

Ce rapport commandité par le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire vise à fournir une évaluation exhaustive des effets des ondes électromagnétiques sur les animaux d’élevage. Les objectifs sont ainsi de “chercher à caractériser l’impact sur les activités d’élevages des antennes téléphoniques, installations électriques et éoliennes” ce qui “apparait donc tout à la fois important et ambitieux, tant en raison des multiples causes potentielles de perturbations que par les enjeux économiques qui pourraient en résulter.”

Les auteurs rappellent que la France est la première puissance agricole de l’Europe. La France compte 389 000 exploitations en 2020 (soit une diminution de 21% depuis 2010) dont 145 000 exploitations spécialisées en élevage et 40 000 exploitations mixtes de polyculture élevage. Ces exploitations d’élevage, spécialisées ou non, représentent le périmètre du dit rapport.
Ce dernier fait état des conditions d’exposition des animaux d’élevage aux CEM : les animaux sont entourés d’équipements électriques de plus en plus nombreux au sein des exploitations (robots de traite, robots de nettoyage ou d’alimentation…) et aux milieux d’équipements de production et de transport électrique (éoliennes, centrales photovoltaïque, lignes THT…), eux aussi de plus en plus nombreux.

Malgré le fait que ces problématiques électromagnétiques avec les animaux d’élevage ont commencé à être recensées depuis les années 1990, il apparait aux yeux des auteurs que les connaissances et la prise en compte de ces difficultés n’ont pas beaucoup évolué depuis. Cependant une thèse publiée en 2009 a permis d’éclairer la sensibilité animale face au phénomène électrique. Plus récemment, c’est l’Institut de l’Élevage IDELE qui mène depuis 2022 un programme de recherche sur “les courants électriques et champs électromagnétiques en élevage bovin” en partenariat avec des chambres d’agriculture, la Confédération Nationale de l’Élevage et le GPSE.

 

Méthologie

Les auteurs de ce rapport s’appuient en grande partie sur une enquête nationale relayée par les chambres d’agricultures auprès des éleveurs et visant ceux situés dans un périmètre de 2 km d’un ou plusieurs objets électrotechniques visés. Les 2483 réponses qui ont été reçues dont 1015 “complètes” ont permis d’appréhender le sujet comme jamais. L’audition d’une centaine de personnes dans plusieurs régions de France a également enrichi le retour d’expérience . Outre les enquêtes et études de cas, le rapport inclut des analyses effectuées par des géobiologues.

Pour sa réalisation, les auteurs se sont donc basés sur une enquête nationale, des études de cas spécifiques et une revue de la littérature scientifique, tout en intégrant les contributions des géobiologues.

 

Résultats principaux

Il ressort de l’enquête que la filière pour laquelle le plus de perturbations ont été déclarées est la filière des vaches laitières (VL). Les troubles qui y sont le plus souvent observés (comme dans les autres filières d’ailleurs) sont les troubles du comportement. Aussi, la mission s’est-elle plus particulièrement intéressée à identifier quelles interventions, selon les éleveurs concernés, avaient contribué à la régression de ces troubles (partielle ou totale).

Au total, sur 235 éleveurs indiquant des troubles du comportement de VL, 59 affirment que ceux-ci ont régressé mais seuls 4 sans intervention de quiconque. En revanche, à 53 reprises (90% des cas) l’intervention d’un géobiologue est mentionnée et même à 40 reprises (68%), le géobiologue est déclaré comme le seul intervenant ayant permis la régression des troubles observés !

Évoquant les géobiologues et la géobiologie, les auteurs tentent cette recommandations “Aussi, conviendrait-il d’une part que toute personne voulant revendiquer le titre de géobiologue suive un parcours de qualification reconnu par l’Etat reposant sur des compétences scientifiques adaptées et d’autre part que la profession continue à se structurer afin d’empêcher le charlatanisme d’y faire florès.”

Pour sa réalisation, les auteurs se sont donc basés sur une enquête nationale, des études de cas spécifiques et une revue de la littérature scientifique, tout en intégrant les contributions des géobiologues.

élevages interventions tableau

Ce qui est marquant dans ce tableau selon les auteurs est “le nombre de commentaires signifiant l’intervention de géobiologues et le fait que dans près de la moitié des témoignages, il est affirmé (à tort ou à raison) que ces intervenants sont à l’origine de la résolution des problèmes”. Ils préfèrent cependant garder une distance et ne pas valoriser la géobiologie sans mise en garde : “ces constats de terrain alimentent et confortent la controverse à propos de l’intérêt de la pratique de la géobiologie entre le terrain, les agriculteurs et les organismes de recherche, ces derniers estimant que sans explication scientifique, la géobiologie ne peut être reconnue.”

Le fait incontestable que des éleveurs en difficulté ont obtenu des résultats bénéfiques après l’intervention d’un géobiologue n’est apparemment pas reconnaissable comme un fait aux yeux de la science. C’est étrange. C’est comme si Newton n’avait pas accepté qu’une pomme lui était tombée sur la tête ! La science n’a-t-elle pas dans ces concepts la reconnaissance de fait ?

élevage éolienne

 

Quels sont les impacts observés par les éleveurs ?

Les éleveurs constatent sur leur cheptel des perturbations regroupées dans le rapport en trois thématiques :

Les comportements des animaux : évitement de certains endroits, agitation, peur…

Les autres signes cliniques : diminution de la performance et de la production (gain moyen quotidien, production laitière), les problèmes de reproduction (pertes d’appétit et de consommation d’eau, niveau de cellules dans le lait, problèmes sanitaires…)

La mortalité d’animaux

impacts observés par les éleveurs

25% des 312 témoignages étudiés évoquent précisément des signes cliniques autres que de « simples » troubles. Ils sont d’autant plus pertinents en production laitière que l’analyse qualitative et quantitative est tout à fait mesurable. 15% déclarent observer des modifications de comportement et 10% déclarent subir des pertes d’animaux et même, pour quelques-uns, des pertes très importantes qui mettraient l’exploitation en péril.

 

Que disent les parties prenantes ?

Les opérateurs téléphoniques regroupés au sein de la FFT affirment suivre les préconisations de l’État pour l’implantation des relais et ne s’embarrassent pas des recommandations de l’OPECST (voir notre précédent article) sur les études de sous-sol conseillées avant toute implantation. Le GPSE quant à lui, est généralement sollicité trop tardivement et sa démarche relève davantage d’un travail de conseil qui pourrait être réalisé par des conseillers en développement agricoles spécifiquement formés. La société RTE qui gèrent les lignes haute tension semble prendre désormais en compte les élevages avant l’implantation de nouvelles lignes.

La réalisation des projets éoliens est très sensible du fait des oppositions citoyennes qui émergent : jusqu’à 10% des projets sont annulés. Aussi, les opérateurs appuyés par les organisations nationales (SER et FEE) écoutent avec grande attention les acteurs des territoires et nourrissent la concertation auprès des habitants. Même si ces fédérations nationales ne souhaitent pas reconnaitre et intégrer dans une étude environnementale le diagnostic géobiologique du terrain avant l’implantation, ils laissent les opérateurs développer cette approche facilitatrice des projets. Par ailleurs, ils sont interrogatifs sur la connaissance des courants de fuite qui ne sont a priori pas mesurés sur un champ éolien et sur les émissions de ces derniers par les câbles électriques dans des sols et sous-sols à conductivité différente.

 

Des géobiologues fortement sollicités

Les visites de terrain et les entretiens ont confirmé les résultats de l’enquête, à savoir l’importance des sollicitations des géobiologues. Ceux du réseau « Prosantel » interviennent sur les exploitations agricoles avec une grille d’analyse globale de l’exploitation et rapportent leur diagnostic par écrit ainsi que les préconisations d’actions de corrections. Les auteurs du rapport ont pu rencontrer 3 d’entre eux et consulter leurs documents. Ils ont également rencontré et écouté plusieurs éleveurs qui ont pu décrire comment leur géobiologue a posé un diagnostic (notamment, cas de problèmes en rapport à un retour de neutre Enedis mal positionné ou à la proximité d’une antenne relais), comment il est intervenu et quels résultats il a obtenu.

Les auteurs du rapport précisent que “si l’exploitation chiffrée de l’enquête menée durant l’été ne peut être considérée comme répondant à des critères scientifiques classiques, compte tenu de son déroulement, le nombre et la nature des références à la géobiologie qui en ressortent doit interpeler le monde de la recherche. La géobiologie pourrait même être le « cœur du sujet » selon Philippe BOLO rapporteur de la mission de l’OPESCT de 2020 mentionnée plus haut. Aussi et en complément des mesures que nous préconisons au paragraphe la recherche doit investir ce domaine.”

 

Les recommandations du rapport

Les auteurs synthétisent les solutions avancées dans le rapport en 6 recommandations:

R1. Inclure dans le groupe de travail inter organisme de l’INRAE des chercheurs du CNRS et du CEA afin de mieux appréhender toutes les caractéristiques physiques des différentes ondes auxquelles les élevages sont exposés

R2. La recherche devrait explorer les pratiques développées sur le terrain par certains géobiologues pour en identifier les éventuels fondements scientifiques

R3. Donner les moyens aux projets de recherches visant à actualiser les seuils de perception et les effets des courants parasites (continus comme alternatifs, y compris leurs harmoniques) sur les animaux d’élevage en fonction de leur intensité, de leur fréquence ou de leur durée

R4. Mettre à disposition du groupe inter organisme le fichier de l’enquête réalisée dans le cadre de la mission pour une analyse plus approfondie et lorsque des exploitations sont déclarées délocalisées en raison de perturbations éventuellement liées à des équipements sujets de l’étude, mener des recherches sur site

R5. Réaliser une étude épidémiologique exposés-non exposés de l’effet de l’exposition aux ondes électromagnétiques et électriques sur la santé des troupeaux de bovins en exploitant les données de la base de données nationale d’identification

R6. Améliorer les connaissances concernant à la fois la conductivité des sols et les propriétés de l’eau exposée aux CEM en prenant en compte les différentes sources EM pouvant les exposer simultanément

 

Conclusion

Le rapport souligne l’importance de prendre en compte les analyses des géobiologues pour mieux comprendre et atténuer les effets des ondes électromagnétiques sur les élevages. La collaboration entre géobiologues, éleveurs, autorités et chercheurs est essentielle pour élaborer des stratégies efficaces et durables et mieux comprendre les mécanismes de ces pollutions.

Pour accéder au rapport complet, c’est ici.

article rédigé par Bruno Monier – géobiologue et formateur agréé FFG

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